I. NTERVIEW


 Tout a débuté il y a 10 ans, lors d'une réflexion prospective sur l'Alsace en 2005, pilotée par le Conseil Régional d'Alsace. En septembre 94, Josiane Lenormand (Directrice de la Communication à la Région Alsace) dépose le concept et la marque BIOSCOPE pour un parc d'attractions sur le thème de la vie et de la santé à l'INPI (Institut National de la Propriété Industrielle).

L'intérêt du projet est validé par de nombreux interviews, études documentaires, rencontres avec des médecins, scientifiques, spécialistes des parcs, décideurs économiques régionaux.



De septembre 96 à juin 97, des études de faisabilité sont conduites par l'association le BIOSCOPE grâce au soutien technique et financier de l'Etat et à l'appui méthodologique de l'AFIT. (Agence Française d'Ingénierie Touristique). Ces études portent sur le positionnement du parc, les réactions du public, la scénographie, l'architecture, les hypothèses de fréquentation, d'exploitation et de financement.



De décembre 96 à octobre 97 un "groupe de travail" sur le BIOSCOPE à la Région Alsace se crée pour se tenir informé des résultats des études de faisabilité. A ce stade, la Région Alsace n'est pas encore directement impliquée.



D'octobre à décembre 97, la Région Alsace et les deux départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin décident de créer le SYMBIO (Syndicat Mixte pour le Bioscope) en remplacement de l'association "Le Bioscope" et adoptent ces statuts. L'objet principal du SYMBIO est la mise en œuvre des procédures nécessaires à la réalisation du BIOSCOPE en Alsace.

Les actionnaires du SYMBIO sont :
De septembre à novembre 98, c'est le lancement de l'appel à candidatures d'opérateurs privés pour la conception, la réalisation, le financement, et l'exploitation du BIOSCOPE. Le 26 octobre 98, sur 8 candidats, 4 sont retenus par le SYMBIO :
Les opérateurs viennent en janvier 99 visiter tous les sites alsaciens et rencontrer leurs responsables.



Le 15 mars 99, 3 opérateurs candidats déposent un dossier de présélection des sites candidats qui leur paraissent adaptés au projet BIOSCOPE.

Quatre sites restent en lice à la suite de cette présélection :
Le 15 juillet, 2 opérateurs déposent une offre :
Les oppositions écologistes s'organisent : Sodeteg a du renoncer au Centre Alsace.



En septembre 99, les opérateurs, à la demande du SYMBIO déposent un complément d'offre. Les deux exploitants pressentis (Cie des Alpes pour Fougerolle, Parc Astérix pour Sodeteg) confirment leur intérêt pour ce projet.



Le 25 octobre 99, le SYMBIO décide de ne retenir aucune des offres en l'état, mais d'engager la négociation.



De novembre 99 à janvier 2000, 3 réunions de négociations se tiennent à Paris avec les deux opérateurs : Sodeteg et Fougerolle.

A l'issue de ces trois réunions, soit fin janvier 2000 :
Le 17 février, à l'invitation du Préfet de Région, les décideurs concernés, Présidents de la Région et du Département se réunissent.

A l'issue de cette réunion, ils annoncent une position commune :
Les deux opérateurs sont invités à répondre avant l'été à trois questions nécessaires à la poursuite des négociations :
En juillet 2000, les opérateurs Sodeteg et Fougerolle, répondent sans apporter les assurances attendues par le SYMBIO sur l'engagement d'un exploitant.



En septembre 2000, le SYMBIO réaffirme les principes fondamentaux du BIOSCOPE :
Mais il autorise les candidats à présenter une proposition alternative ou différemment phasée, facilitant la recherche d'un exploitant, exigence absolue du SYMBIO pour poursuivre le projet.

Le SYMBIO informe de cette décision les deux candidats encore en lice (Sodeteg et Fougerolle) mais également ceux qui avaient été retenus en octobre 98 mais n'avaient pas remis d'offre (l'EDA et Vivendi-Astérix), respectant ainsi une stricte égalité entre les candidats.

A l'issue de cet ultime délai d'un mois, le SYMBIO jugera de poursuivre ou de renoncer à la réalisation du BIOSCOPE.



Le 5 octobre 2000, le Comité syndical du SYMBIO constate que Sodeteg et Fougerolle sont dans l'incapacité de répondre aux garanties demandées par le SYMBIO, et notamment d'apporter un exploitant .

En revanche il ressort de cette ultime consultation que le candidat "Groupe Parc Astérix " répond à la fois aux objectifs du SYMBIO rappelés ci-dessus et à ses exigences. Il se propose en effet d'être concepteur, réalisateur, investisseur partiel et exploitant du parc.

Le SYMBIO décide donc de retenir PARC ASTERIX comme seul et unique candidat au projet. Il autorise de ce fait son Président à négocier avec ce candidat toutes modifications et améliorations nécessaires au rapprochement de son offre avec les objectifs du SYMBIO.



De novembre à décembre 2000, diverses réunions de négociations se tiennent entre le SYMBIO et le PDG de Parc Astérix, Olivier de Bosredon, au cour desquelles se discutent les principes fondamentaux :
En janvier 2001, la convention entre le SYMBIO et la SMVP (société anonyme filiale du groupe Parc Astérix) est finalisée. Le site d'implantation du parc retenu par le groupe est à proximité de l'écomusée d'Alsace, sur la commune d'Ungersheim.

Ceci pour deux motifs :
Le 5 mars 2001, le comité syndical du SYMBIO adopte à l'unanimité la convention et autorise son président, Hubert Haenel (sénateur et président du SYMBIO), à signer la convention avec le Groupe Parc Astérix.

Peu-après Josiane Lenormand démissionne du Symbio pour se mettre à la disposition des concepteurs de Grévin: en vain.

D'après l'article de Yolande Baldeweck dans le journal "L'Alsace", En Juin 2001, "Après avoir gardé le silence - au grand dam de l’association Arbre - le patron de Grévin & Cie veut convaincre les Alsaciens de la pertinence de son projet". Le P-DG de Grévin & Cie présente, dans la foulée, son projet au conseil municipal et au comité consultatif local d’Ungersheim. Il rencontre le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel. "Puis, il détaille son projet devant le bureau de l’association Arbre et son président, André Bord. Ses membres, qui ont été les plus fervents défenseurs du Bioscope, ont été froissés d’avoir été écartés de la réflexion en cours et ils l’ont fait savoir. " La seule erreur d’Olivier de Bosredon, c’est de ne pas avoir suffisamment communiqué sur le Bioscope. Nous avions pourtant bâti notre stratégie sur une communication à toutes les étapes. ", déplore Josiane Lenormand, secrétaire général d’Arbre, qui a été, avec Hubert Haenel la cheville ouvrière du projet.

La prédiction de Pflimlin

L’ancienne directrice de la communication à la Région Alsace a cédé la marque "Le Bioscope" qu’elle avait déposée dès septembre 1994 à Grévin. " Pour une somme modeste ", assure son pdg. Reconvertie comme assistante dans le montage de projets touristiques - elle travaille actuellement à Bordeaux et en Haute-Marne - Josiane Lenormand rappelle " qu’en Alsace, encore plus qu’ailleurs, rien ne peut se faire sans l’implication de la population ". Pour le reste, elle continue de défendre le principe du Bioscope. Et s’étonne des réticences à l’égard de Grévin, " le meilleur opérateur de France et l’un des meilleurs en Europe ". " C’est une chance pour l’Écomusée que le Bioscope soit à côté. Même avec 24 millions d’euros de plus, ce ne sera jamais un produit d’appel " affirme-t-elle. Lorsqu’en 1996, elle était allée, avec le sénateur Haenel, demander son soutien à Pierre Pflimlin, l’ancien maire de Strasbourg l’avait interrogée : "Quand votre projet sortira-t-il ?" "Dans quatre, cinq ans", avait-elle répondu. "Il m’a dit : il faudra dix ans ", raconte Josiane Lenormand en ajoutant : "Il connaissait bien sa région"".



En résumé: Le Symbio n'a pas pris ses responsabilités et n'a pas conduit de consultation populaire sérieuse (écologistes) quant aux sites d'implantation qu'il proposait. Il s'est laissé découragé par l'actualité (Futuroscope, écologistes) sans chercher à la comprendre et à surenchérit en conséquence afin de se rassurer.
Face aux hésitations du Symbio (pouvoirs publics), les opérateurs se sont lassés et ont quitté le projet. Ceci a conduit le Symbio à "lâcher" complètement la conception. On peut donc dire que Josiane Lenormand et l'ARBRE ont été trahis par les "gaffes" du Symbio.

La morale de l'histoire:
1) Seul un contrat peut garantir de ne pas se faire évincer de l'équipe de conception.
2) Mieux vaut nouer un solide relationnel avec les responsables politiques.
3) Il faut sensibiliser les politiques aux "ficelles" des parcs à thème afin qu'ils puissent détecter et analyser les erreurs de conception de tels projets.